DATATION ET IDENTIFICATION

C'est un exercice très délicat pour certaines pièces. De multiples facteurs entrent en compte pour induire en erreur ou laisser perplexe.

La main-d'oeuvre

Les objets peuvent être dessinés et fabriqués pour une destination étrangère ou façonnés dans le pays mais par des personnes immigrées.

Ainsi, au XIXe siècle, les femmes ont porté aux États-Unis, de grandes pièces d'écaille richement gravées de volutes et de fleurs. Mais pour la plupart, ces pièces ont été travaillées par des artisans chinois, experts en la matière. Les motifs qu'on leur demandait de reproduire n'avaient rien d'asiatiques, mais des indices culturels chinois ont percé cependant au travers de leur travail : ainsi les roses et les oiseaux ressemblent-ils à des lotus et des phénix. Le peigne est-il alors chinois ou américain ? (Photo 1 - Photo 2)

Les influences

Elles sont diverses : histoire politique, modes, occidentalisation des territoires colonisés… viennent compliquer encore l'identification.

Le peigne de la photo 3 a une ligne très occidentale, conforme aux nombreux "back combs" façonnés au XIXe aux Etats-Unis. Il est orné d'une guirlande de fleurs sur une plaque d'argent. Mais celle-ci est gravée au dos de poinçons chinois. 

Cette pièce a donc pu être façonnée en Chine pour une clientèle chinoise très occidentalisée ou encore pour des colons. Elle a pu aussi l'être aux Etats-Unis dans des ateliers chinois pour la clientèle américaine.

Prenons un autre exemple : qui pourrait penser que le peigne de la photo 4 vient des Philippines ? 

Ce décor baroque s'articulant en diadème s'explique par le fait que les Espagnols ont colonisé les Philippines, (ainsi nommées en 1521, en l'honneur de Philippe II d'Espagne). La colonisation dura jusqu'à la fin du XIXe siècle. Les peignes ornementaux étaient portés par les classes aisées de la société, marquées par le goût de l'époque, c'est pourquoi les artisans locaux (souvent chinois !) les ont façonnés ainsi. 

Pour la petite bourgeoisie autochtone, un style hybride est peu à peu apparu : une base en écaille de tortue locale, travaillée de façon assez brute et ornée à l'occidentale d'un bandeau d’or à décor embouti, comme on le voit sur la photo 5.

Ce type de peigne est-il philippin, chinois ou espagnol ? 

La mondialisation

Les échanges culturels ont commencé depuis bien longtemps (photo 9 - Photo 10). Une pièce achetée sur un marché peut provenir de lieux très divers et très éloignés. Par exemple, l'origine d'un peigne en argent filigrané est difficile à déterminer car cette technique est utilisée dans de multiples cultures.(Photo 6)

Que dire encore des pièces réalisées, souvent avec talent, par des marins ou des bagnards, en écaille, corne ou nacre. (Photo 7 - Photo 8).

Enfin, il existe des pièces insuffisamment caractérisées (photo 11 - Photo 12) qu'il est vraiment difficile d'identifier. Les avoir achetées dans tel ou tel pays n'est en rien une garantie, les objets voyageant autant que les personnes.

Les productions qui vont arriver sur le marché dans le futur risquent bien de manifester cette uniformisation de l'art due à la domination de la culture occidentale qui rend insipide tout ce qui avait autrefois un goût d'exotisme.

Quoi qu'il en soit, l'identification reste toujours un exercice risqué pour lequel les plus grandes qualités à avoir sont la modestie, l'ouverture aux suggestions et la capacité à mettre en doute ses certitudes.

Ne soyez pas surpris de trouver dans le MUSEE (exceptionnellement, nous l'espérons) des fiches d'identité dont les données subissent des modifications, signe que nous avons rectifié une erreur d'identification, de datation ou de matériau. 

Après ce préambule, résumons les principes généraux à appliquer :

· L’observation minutieuse (recherche d'indices : poinçons, signature, façon de traiter les motifs, travail de la matière…) 

· La consultation assidue des livres d'art et la fréquentation des musées pour se "faire" un œil.

· La documentation (bibliothèque, gravures, photos, films…)

· Les connaissances culturelles (connaître l'histoire, la géographie, les découvertes industrielles des matériaux, l'évolution des modes, les styles, les échanges commerciaux….). Il est important par exemple de savoir que la ville d'Oyonnax a exporté début XXe dans le monde entier et qu'elle a notamment fabriqué la plupart des peignes à mantille dits espagnols  !

· Les recoupements avec d'autres pièces, les échanges avec d’autres collectionneurs, les hypothèses à soumettre à des gens d'autres cultures.

Images: 
Peigne américain, travail chinois
Travail chinois pour clientèle occidentale.
Forme mode occidentale, poinçons chinois.
Peigne philippin au décor baroque espagnol
Peignes philippins, influence espagnole.
Argent filigrané, peut-être Chinois (aucun poinçon)
Peigne de marin en nacre, taillé dans la masse.
Peigne de marin en écaille
Peigne espagnol, peut-être fait à Oyonnax pour l'exportation
Peigne chinois pour clientèle occidentale.
Indonésie ?
Europe ou Etats-Unis ?