UN NOUVEAU REGARD

Un rapide coup d'œil à cette collection donne une idée de l'intérêt que peuvent représenter les ornements de la coiffure à travers le monde.

Pourtant le sujet reste encore confidentiel.

Les choses seraient-elles en train de changer ? Deux ouvrages majeurs récemment parus, l'un de Robert Bollé en français, l'autre de Jen Cruse en anglais, leur sont entièrement consacrés (voir bibliographie).

Il faut dire que le mot "peigne" n'évoque en général pas autre chose qu'un ustensile utilitaire muni de dents. Pas de quoi en faire une thèse ni une collection !

Peut-être faut-il abandonner les a priori et changer de regard.

La présence du mot dans le Dictionnaire des Symboles de Chevalier–Gheerbrant est déjà une preuve que l'objet n'est pas anodin.

En voici un extrait : "Le peigne placé sur le tête, à titre non utilitaire, est un moyen de communication avec les puissances surnaturelles ou d'identification à ces mêmes puissances. Les dents du peigne figureraient les rayons de la lumière céleste, pénétrant l'être par le haut de la tête (voir rôle de la couronne à pointes). Le peigne est encore ce qui tient ensemble les cheveux, c'est-à-dire les composantes de l'individualité sous son aspect de force, de noblesse, de capacité d'élévation spirituelle."

A partir de là, tout s'explique : car dès la Préhistoire, on trouve des peignes dans les sépultures ; dans la Chine ancienne, on place un peigne de jade dans la tombe du défunt pour l'aider à accéder à l'immortalité.

Au Moyen Age on taille de superbes peignes dans l'ivoire ou le buis que l'on grave ensuite de scènes religieuses… 

Dans la liturgie chrétienne, ils sont un instrument de purification dont les prêtres font usage avant un culte. Ils ont notamment toute leur place au cours de la cérémonie d'onction des évêques. (Cf : peigne de l'évêque Saint-Loup dans le trésor de la cathédrale de Sens)

Les Chinois les appellent "fleurs de tête", les Japonais leur donnent des pouvoirs occultes, de protection notamment. Encore aujourd'hui, les brûler rituellement dans un temple shinto permet de se purifier.

Leur contact avec la tête, partie capitale du corps, génère croyances et superstitions.

A leur dimension religieuse s'ajoute souvent une force affective :

En EUROPE ils sont généralement liés à une histoire personnelle et concentrent des aspects émotifs, voire intimes, rarement présents dans les autres objets : promesse d'amour, cadeau de naissance, de mariage ou d'anniversaire, souvenir de famille transmis de génération en génération.

En AFRIQUE, les peignes ont des sens et des formes multiples. Cela va de l'objet de prestige au peigne d'ornement qui valorise la beauté d'un homme ou d'une femme en passant par les peignes-amulettes qui favorisent la fécondité ou protègent la personne. Ils indiquent le statut de la femme qui le porte, mais les hommes ne dédaignent pas d'en porter.

Le collectionneur est frappé de retrouver sur ces objets toute la statuaire africaine sculptée en miniature.

En OCEANIE, les hommes du groupe de Saint-Matthias vivent totalement nus. Mais ils arborent un grand peigne de fibres au sommet de la tête. Ils ne peuvent le porter qu'après leur initiation et cela représente pour eux l'accession à un nouveau rang social.

Qu'ils soient bijoux, amulettes ou "cartes d'identité", les peignes sont donc reliés à l'histoire de la société tout entière.

Issus des matériaux propres à leur territoire, ils sont des objets d'arts appliqués qui témoignent de traditions et de savoir-faire. Ils traduisent aussi les influences culturelles et les modes qui ont amené à leur création. 

Ce sont donc des acteurs à part entière de l’histoire de l’art.


Images: 
Peigne de sépulture, jade. Chine ancienne
Peigne liturgique d'évêque, ivoire, France, 1780
Peigne de brahmane, Inde.
Peigne de moine d'un temple du Yunan. Chine, 1980
Promesse d'amour, nacre. Royaume Uni, 1850
Peigne de mariage. Argent. France ? 1970-80
Peigne de deuil, G.B. 1876
Peigne "My daughter Emma" G.B. 1850
Peigne de prestige de reine Akan. Bois. Ghana. Milieu 20e s.
Peigne totem, Océanie, Nlle Guinée, Mil. 20e s.
Initiales personnelles, écaille, Australie. 19e s
Dot de jeune fille. Rajasthan, Fin 19e s.