DISTINCTION VRAI-FAUX

Quelques réflexions sur la fabrication de "faux"

Les ornements de la coiffure étant encore peu recherchés, leur vente s'avère parfois hasardeuse et les prix restent raisonnables. C'est une chance ! 

Mettons-nous à la place d'un faussaire : pourquoi s'évertuer à fabriquer un faux qui n'atteindra pas un prix très élevé et pour lequel on n'est pas sûr de trouver un acheteur ? Mieux vaut orienter la supercherie vers un peintre célèbre, une porcelaine de Chine ou encore une statue en bronze. Nous voilà donc un peu protégés.

Le celluloïd est une matière qui ne se fabrique plus pour des raisons de sécurité car il est très inflammable. La corne de qualité est devenue difficile à trouver, les animaux étant trop domestiqués et nourris de manière industrielle. Les tortues, même protégées, sont rares pour ceux qui les capturent tout de même. Enfin et surtout, le travail exigé pour une pièce demande de nombreuses heures et une technicité souvent disparue.

Cependant, le monde du faux est plus complexe qu'il n'y paraît et l'on trouve quelquefois des faux ou des pas parfaitement vrais là on l'on ne s'y attend pas !

En Afrique, par exemple, de nombreux objets anciens n'ont aucune valeur rituelle car ils ont été fabriqués à la demande d'un gouverneur de l'époque coloniale. On les appelle "faux-vrais"! Par contre, on peut appeler "vrais faux" les peignes sculptés d'un design porteur (la poupée Akuaba par exemple) dans n'importe quel pays d'Afrique. 

Observez le peigne "Ashanti" (photo 1). Les dents devraient être très longues (photo 2) et ne pas avoir cette structure triangulaire courte comme beaucoup de peignes Baoulés. Les dessins géométriques non plus, n'ont rien d'Ashanti. Voyez comme l'objet est poli : aucune aspérité, perfection des formes, finition "léchée" : tout pour plaire à un client de culture occidentale. Les talents du sculpteur ne sont pas remis en cause, bien au contraire, taille et gravure sont parfaitement maîtrisées. Mais l'objet a perdu son identité. Il est devenu un produit. Il y a dans la collection africaine de CREATIVE MUSEUM toute une série du même genre, commandée dans les années 1960-70 par un coopérant français à un sculpteur Baoulé. Nous la conservons au titre d'oeuvre de commande.

Observez maintenant le peigne noir (photo 3). le sculpteur a taillé une dent plus longue que les autres pour le faire tenir sur un socle. Première évidence, c'est un objet de décoration. Le design est Akan (poupée Akuaba), mais le peigne est en ébène, ce que l'on ne rencontre jamais dans les peignes Akans. La base plate devrait présenter des dessins géométriques qui sont porteurs de sens chez les Ashantis. On ne trouve ici qu'un guillochage vite fait (photo 4). La preuve est faite qu'on est sur un article qui n'a plus de valeur ethnique.

Une dernière remarque : on ne peut appeler "faux" un objet vieux d'un siècle qui en reproduit un très ancien par respect pour les traditions. Cela a souvent été le cas dans la Chine du XIXe siècle où l'on reproduisait à l'identique des créations d'époques révolues. Les musées qualifient alors ces pièces d'"archaïsantes" (photo 5 - photo 6).

Il faut garder à l'esprit que pour les cultures occidentales, et elles seules, la créativité est une valeur en soi, du fait de l'importance accordée à l'individu. C'est de plus un phénomène relativement récent. Sur d'autres continents, la personne n'est qu'un maillon du groupe, dépendant lui-même de tout un peuple. La soumission aux canons esthétiques est donc de rigueur. 

Certains musées fabriquent des répliques de pièces anciennes mais les nomment comme telles : peignes Égyptiens du Louvre, peignes étrusques faits en Italie… leur intérêt est uniquement décoratif.

Enfin, des objets récents ne sont pas nécessairement des faux. Par exemple les membres des  minorités ethniques qui vivent encore selon leurs traditions (Miao en Chine, certaines tribus du continent africain ou indonésien) achètent sur les marchés des parures à des fins personnelles. 

Un objet est vrai lorsqu'il est fabriqué pour l'usage auquel il correspond et non à d'autres fins (tourisme, collections…) 

Les connaissances et la réflexion, conjuguées à l'intuition, sont les meilleurs garants d'achats authentiques. 

On doit se poser la question : "Suis-je touché(e) par cet objet ? A-t-il une âme ?"

Images: 
Peigne authentiquement Ashanti, 1960
Style Ashanti pour le marché occidental. 1960
Peigne-souvenir d'Afrique, objet de décoration, sans valeur ethnique. 2010
Guillochage au lieu de dessins géométriques. Made in Cameroun.
Pièce archaïsante, peigne de sépulture en jade. Chine du 19e s.
Tiare de lettré archaïsante, jade. Chine, 19e s.
Réplique d'un peigne étrusque vendue par un musée italien.
Réplique d'un peigne celte, vendue par Musées de France
Authentique peigne Miao. Chine, fin 20e s.
Forme Miao mais peint par un artiste Han. Chine, 2006